YUL/SHA/JDZ

  • Festival Montagne Rouge
  • Ste-Adèle
  • 2008

    Las Vegas, mars 2008
    J’installe une sculpture dans un casino. Les pieds fatigués, je décide de m’acheter des Converse All Star ©Converse est une marque de chaussures américaine qui a vu le jour en 1908 dans le Massachussets. La marque Converse © devient culte en 1918 lorsque que Chuck Taylor, joueur de basket de NBA porte un modèle de la marque lors d’un match des All Star La basket devient alors le modèle mythique porté par toutes les générations, de 7 à 77 ans. C’est la converse All Star Chuck Taylor qui fait la renommée de la marque.. Inutile de les essayer, car je connais ma pointure qui n’a pas changé depuis l’acquisition de ma première paire en 1978.

    New York, mai 2009
    Je me promène dans les rues de Manhattan tandis qu’un homme court vers moi et m’interpelle : “ Excuse me! Excuse me!… Your shoes… I designed them !! ” en pointant mes baskets. Rencontre fortuite, R. L’anonymat de R. est conservé car ce dernier a vendu ses droits d’auteur à la société Converse © et par le fait-même ne peut réclamer la paternité de ce modèle particulier. et moi sommes tous deux de passage à New York. Il est directeur artistique dans une boîte d’architecture d’intérieur à Miami, je lui donne ma carte. Nous sommes ravis.

    Jingdezhen, novembre 2012
    Depuis 3 mois, je parcours les ruelles poussiéreuses du Sculpture Factory où je termine la production d’un lustre de céramique pour un client à Shanghai. Mes baskets sont usés, mais je peine à m’en départir, car ils me relient à cet ami R. à l’autre bout du monde. L’idée me vient de les faire mouler, puis couler en porcelaine fine. À mon retour, j’expédie une paire plaquée or à R. Il est touché et me dit que ce cadeau, c’est son trophée personnel, puisqu’en vendant ses droits d’auteurs à Converse ©, il en a perdu la paternité et ne peut divulguer publiquement qu’il est le créateur de ce design.

    YUL/SHA/JDZ retrace le parcours de deux individus unis par une marque de chaussure qui n’a plus d’origine spécifique, mais qui appartient à une culture mondialisée. Ces espadrilles, dessinées aux États unis, fabriquées en Chine puis distribuées aux quatre coins du globe incarnent la liberté, la familiarité, l’urbanisme et l’intemporalité. Leurs répliques, moulées et coulées en porcelaine fine à Jingdezhen ont ensuite été reportées dans un contexte de galerie d’art contemporain. Les trames se juxtaposent : le symbole vernaculaire du basket est transcodé en un objet-relique.

    La reproduction de ces souliers est un geste qui dépasse la simple copie, car l’usure des semelles et les plis de leurs tiges m’appartiennent. Les histoires se multiplient à chaque coulée: la mienne, celle de l’autre et celle des autres. Point de départ, de repère et de rencontre, mon monde semble simultanément se rétrécir et s’élargir.