Intramuros

  • Galerie Bernard
  • Montréal
  • Septembre 2009
    PG Installation murale. 2009.
    Grès estampé et gravé dimensions variables.

    Le métier de céramiste est marqué par la lenteur du processus et nécessite une connaissance intime du potentiel de l’argile ainsi que de ses limites. Ces acquis se développent avec le temps. Ainsi, l’élaboration d’une œuvre en céramique requiert que l’on consacre autant d’heures à l’élaboration d’un plan technique qu’à la recherche créative. En ce sens, cette pratique demande un engagement.

    Intramuros est le fruit de discussions avec mon fils et ses amis sur l’art urbain et plus particulièrement sur les tags et les graffitis et de mon désir de saisir la portée de cette discipline sur ses praticiens. Ainsi, je suis partie à la découverte d’une histoire de l’art qui m’était jusqu’alors inconnue : des techniques utilisées aux divers styles et écoles de pensée. Comme pour l’art contemporain, la reconnaissance et le statut d’un artiste et son œuvre sont basés sur des critères établis par ses membres. De la sorte, la visibilité, l’emplacement, les risques encourus, la singularité et la notoriété de l’auteur sont autant de facteurs qui contribuent au développement de cette communauté qui, jusqu’à très récemment était marginalisée.

    À première vue, l’activité céramique et le graffiti ont peu en commun : la peinture en aérosol ou le collage, par exemple, sont des techniques rapides et leur résistance aux intempéries sur le long terme est faible. Toutefois, on y trouve des liens comme la répétition et la récursivité des gestes propres à l’apprentissage ainsi que la préparation et la planification d’une pièce et enfin le besoin de partager avec un public réceptif. J’ai choisi d’étudier cet univers par le biais de mes outils et de mon matériel céramique afin de créer une série de bas-reliefs qui emprunte le langage visuel des tags et des «throw up ».

    Intramuros I Bas-relief. 2009.
    Grès gravé et émaillé, contreplaqué, 92 cm X 231 cm.

    Loin de l’environnement parfois hostile des tags et des graffitis, la présentation en galerie de ces « similis » soulève la question du rôle de l’artiste et de son besoin de reconnaissance. L’objectif du tag est de marquer la présence de son auteur sur un territoire donné et d’afficher son statut. Cette autodétermination soulève un enjeu réel dans le monde de l’art contemporain où le statut est « accordé » à un artiste et où, par exemple, il serait mal venu de s’autoproclamer roi (king) de son centre d’artiste. Le fait d’afficher cette série composées de mes initiales « PG » et des nom d’emprunt Clay et Clayer sur les murs de la galerie a provoqué chez moi un questionnement sur le rôle de l’artiste chercheur et l’impact qu’une approche mimétique peut avoir sur un public avertis ou non. Au moment de l’installation, j’ai choisi d’aligner ces initiales bout à bout à l’horizontal le long d’un mur donnant lieu à un motif graphique qui estompe sa première lecture liée à l’égo.

    La série Intramuros construit un espace parallèle entre l’institution de l’art contemporain et la pratique marginalisée de l’art urbain et porte à réflexion sur la légitimité de l’acte de création.